es Cantons-de-l'Est sont le seul coin du Québec où la carte a été dessinée en anglais. Après la Révolution américaine, des milliers de Loyalistes quittent le Vermont et le New Hampshire et découpent le territoire non pas en seigneuries à la française, mais en townships carrés, à la manière de la Nouvelle-Angleterre. D'où les cantons. D'où, aussi, ces villages qui ne ressemblent à aucun autre au Québec : Knowlton, Sutton, North Hatley, leurs églises anglicanes, leurs vérandas victoriennes et leurs granges rondes.
Le français est arrivé vers 1850 et a fini par l'emporter, sans effacer le décor. Aujourd'hui la région se lit en boucles : la route des vins entre Dunham et Sutton, où sont nés les premiers vignobles commerciaux du Québec ; le chemin autour du lac Massawippi ; le lac Memphrémagog et l'abbaye de Saint-Benoît-du-Lac, où des Bénédictins bâtissent depuis 1912 un monastère de brique polychrome et vendent leurs fromages et leurs cidres entre deux offices en chant grégorien.
Sherbrooke fait office de capitale, Magog de station balnéaire, Bromont et Orford de montagnes. Mais l'essentiel se joue sur les rangs : une vingtaine de microbrasseries, des fromageries, des auberges en bordure de lac, et au bout, le mont Mégantic — première réserve internationale de ciel étoilé au monde, où l'on remonte la route pour ne rien voir d'autre que des étoiles.




